Benjamin Godot
La poésie

Le laboratoire du beau

Le jugement dernier, poésie.

Les rochers sont des fleurs d’océan
que vient arroser la marée.
Comme le temps caresse la pierre
sans lui accorder la moindre poussière
les plages sont maintenant aiguisées.

Les pavés ? Des cailloux grisonnants.

Une fin du monde s’accroche,
mise sur les volcans, les déluges.
Elle, depuis toujours, l’amie proche,
pâturages brûlés sans le moindre refuge.
Jour du jugement dernier, dit-on,
pour faire peur aux mioches, aux avortons.
Que chacun se terre dans un coin,
comme chacun le fait déjà si bien.

jugement-dernier poésie

Passants passés près du faucheur
ont espéré un dernier quart d’heure,
pour une dernière cigarette condamnée,
par un soleil que nul n’empêchera de se lever.
Les étoiles tombent du ciel à présent,
comme la pomme arrachée fut un temps.
Et le ciel à l’envers redevient mer.
Et le paradis crochète l’enfer.
En somme on attend le jugement dernier,
Comme un enfant son dernier jouet.

Ma tête est rangée en carnet.
Des carnets de feuilles volantes.
Et puis il y a les avions en déluge de papier.
Un esprit comme une ville
qu’on ne rejoint qu’à marée basse ;
comme cette île bretonne de mon enfance.
Une voix qui est là me guide comme un phare.
La lumière est céleste et mystique :
« Puis-je trouver quelqu’un dont partager la mesure ?
Il y a des mondes qui se créent
et je n’ai toujours pas le mien.
Quand serais-je deux ? Je me demande. »
Et comme pour tout à chacun,
le temps est la seule patience à s’accorder.

Discrimination 1 : La sorcière
poésie.

tête de femme noire

Dans l’intranquillité du monde,
on plaça dans une de mes poches une fronde,
dans l’autre des pierres.
Puis d’un air léger
en me prenant par le bras,
on m’expliqua tout bas
qu’il n’en faut pas plus pour aller à la guerre.
Une sorcière passa par là.
Au lieu de ma fronde,
plaça mon coeur dans ma poche:
« Plus question de participer
à leurs éternelles anicroches.
– Maugréa-t-elle fièrement comme on gagne-
Garde tes pierres,
elles sont les clefs qui ouvrent les montagnes.
Nous pourront alors aisément et avec calme,
me dit-elle, nous y réfugier,
attendant que le sang dégouline de larmes,
attendant que la terre finisse son vacarme.
Cachées, nous les laissons faire
l’inventaire du monde :
pensant aux blessés, aux disparus,
à toutes vies moribondes.
L’éphémère est avec eux certes,
mais prenons de l’avance, prenons chemin ;
allons, avant qu’ils nous fauchent
à la rosée du matin. »
Et le regard mi-clos,
je suivis sans crainte ma mère,
tandis que les yeux étoilés,
je remerciai le ciel qu’elle soit sorcière.