Benjamin Godot
Les carnets

La littérature relit ses ratures

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Carnet

Je navigue dans les terres tremblantes.
Il y a des panneaux ;
attention aux âmes errantes.

Alors je cours et je cours.
Je m’essouffle mais ne me retourne pas.
Car je le sais : enfant du ciel,
j’irai au gré du vent,
rencontrer les merveilles
que l’horizon garde en suspens.

Je complète le vide avec des nuages.
Je complète les chaises avec des regards.
Je murmure à mort les faux-semblants.
Je murmure autant que je tremble.
Je perdure dans les finalement pas.
Je perdure dans l’eau de là.

Ma reine
ma peine
son prénom
confortable
éjectable.
Je ne suis que moi
un désert rempli de maladresses.
Auquel je fais la nique.
Je perds mes repères entre deux eaux,
des traversées de nuit.
Je ne reconnais pas,
comme dans la brume
à côté des côtes
un petit voyage en bateau immense.

Il n’y a pas d’échappatoires
c’est une aventure aux mouvements du sort.
Je chine dans des bordels de mots.
Je fouille les lupanars de phrases,
rien ne va, rien n’est beau,
déjà je flanche, table rase,
je recommence.
Page blanche,
trois points de suspension
sont sans inspiration.

Laissez-vous dicter, leur dis-je.
Les secrets du monde sont là,
dans les coulisses du vertige.
Tirez les phrases à bout de bras.
Deux points à la ligne, je recommence.

Entre deux murmures et
sous des rêves d’horizon,
des rayons d’azur déployés hors de la raison, s’égarent dans la marge,
trois points de suspension, de mirages en mirages, cherchent l’inspiration.
La voie pas tout à fait raturée, je sais que demain n’impose aucune vérité,
le ciel pour route royale,
je trouverai ma bonne étoile.

Et puis sur une feuille volante que je retrouve :

Medhi a écrit, il parle à Ana, comme à un personnage d’un roman inachevé
qui se serait intitulé : L’étrangère :

Entre dans l’âme, lui dit-il, une porte s’est ouverte, une moitié d’ange dans l’entrebâillement,
il t’invite à le suivre.
Nous les amoureux, petits démons transformés en Cupidon, discutons des flèches empoisonnées,
des ronces sur lesquelles tu t’es endormie.

Mais voici que tu entends sa voix, me dis-tu, il t’appelle.
Il dit avoir besoin de toi.
Mais tu n’as pas le courage de ta force.
Quand le retrouveras-tu ?

Pour retrouver ta maison, pour que tu sois chez toi heureuse.
Des éclairs te foudroient, c’est bien par là que passent les voix.

Entre dans ton âme, une porte s’est ouverte.
Que tu ne sais plus fermer.
Le monde est là qui t’attend parce que dehors il fait nuit ;
et tes rayons sont éteints.
Traverse la porte, n’aies peur de rien,
tout se joue à l’intérieur de toi.

Voici, petite déesse, que ta magie me revient.
Je retrouve tes yeux ou est-ce toi qui les amarres aux miens ?
Comment savoir ?
Quel est ton masque, celui que tu voudrais enlever pour t’alléger le sang ?
Une paire d’as dans la manche, moins fois moins, ça fait plus.
N’oublie pas que l’univers regarde aussi par tes yeux.
Des scorpions dans la tête, le diable n’est plus loin,
depuis toujours il boit les sanglots.

L’esprit du ciel s’est noyé aux premières pluies tombées.
Et la feuille volante s’est terminée.

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Ma tête est une prison
dont tous les détenus ont les clefs de leur cellule.

J’ai des souvenirs en pagaille mais cela ne suffit pas.

Un matin, je pars sans me retourner,
je pars de la maison paternelle, le portail est vert.
La maison est imposante, tout comme l’autorité qui y règne.

Qu’y a-t-il de changer depuis ses heures où je pleurais ?
Rien n’a changé seulement le regard que je portais.
Le monde lui ne change pas.
J’avais tant de rêves mais la réalité les a repris à moi.
Des contes de fées dévorés entre quatre publicités et des magiciens en chômage longue durée,
des enfants en laisse, du je sais au déjà vu, ça ne meurt plus de tristesse,
ça meurt le cœur immolé pour protester à nu.
Il n’y a que les fous qui s’intègrent et des chiens trop gras pour être maigres.
Ça ne respecte plus rien que les pourcentages, toujours devoir dormir au plus vite,
et l’amour et la liberté qui s’évitent.
Ça part en vrille.
Chaque jour, je vois des bras d’honneur dans des regards.
Ils roulent avec de sublimes chaussures et marchent avec de superbes voitures
ou c’est peut-être dans l’autre sens…
J’ai dû me perdre dans l’indifférence.

J’ai un système solaire dans la tête, cela ne fait aucun doute.
J’ai mis mon esprit sur écoute, à l’intérieur parlent des planètes.
J’ai des planètes dans la tête, depuis toujours je les redoute,
je le sais, j’en ai le cœur net,
la révolution est leur seule feuille de route.

Je me relèverai mais ce qui s’est introduit à nouveau,
à l’intérieur de mon esprit, ressemble à une graine de folie.
Je ne l’arroserai pas, ne la laisserai pas germer,
il serait dommage de s’effondrer.

Bien heureusement, j’ai l’écriture en renfort, l’âme en repos.

Est-ce qu’on tombe amoureux
comme les feuilles tombent de l’arbre en automne ?

A-t-on besoin de connaître pour reconnaître ?

Je tombe amoureux comme la dernière feuille de l’arbre en automne,
celle qui se savait seule jusqu’au plus profond des courants d’air qui l’ont fait déchoir pour épouser le sol,
regardant toujours en l’air, cherchant la foudre,
cherchant au fond des yeux une réponse à une question posée :
si j’aime pourquoi suis-je tombée ?

Au secours, les fantômes sont de retour.
Ils sont dans une impasse
que je dois traverser pour rentrer chez moi.

Je continue de vivre mais le poids des années,
à force de soleils naufragés, que reste-t-il ?

On ne sait pas encore ce que c’est.
On se demande, je veux dire, je me demande.

On pose des mots sur des réalités, des images projetées.
L’avenir est ce qu’il en dira.
Sea lo que sea.

Je voudrais te raconter pour que tu saches.
Je voudrais te raconter.
Qu’est-ce qu’on en dira plus tard ?
Que les rochers sont les arbres de la mer.
Que la neige recouvre l’avalanche …
Enfin, on en dira rien que des foutaises.

Est-ce que c’est bien engagé ? Où est la cage, où est l’engagement ?
Par dessus tout, où est l’arbitre ?

Est-ce que je tremblerai ?

Il y a si longtemps que je n’ai plus tremblé.
Quand je fus de passage dans un hôtel de Poitiers.
Il y a des personnes trop jolies pour être honnêtes.

Je ne sais guère ce que tu penses.
Pas de capacité télépathique,
c’est ce que nous verrons comme l’avenir le dira.

Les déesses ne sont rien,
des mirages au loin qu’on touche avec notre imagination.
Les princesses sont des racontars,
élevés à la politesse acceptable, elles exigent.

Ah, je fuis.

Sous le soleil entaché de son enfance
pas besoin de cauchemars
il y a la vie.

Amour ou liberté ?

Il a répondu qu’il passerait bien sa vie dans ses bras,
et tout cela avant de savoir comment l’embrasser.

L’œil droit.

Le regard parfois détourné, mais revient toujours à vos yeux,
vos deux misérables yeux face à ses deux sphères endiablées.
Le diable lui apprit à sourire, une arme sauvage ce sourire,
un combat sauvage que de se secourir.
Comment l’appelait-on déjà cette enfant du démon ?
Elle avait un prénom en A – Ana ou quelque chose comme ça.
Ne cachons pas la vérité, c’était une sorcière :
« una bruja cette Ana »

Le cœur en tête, chimères à l’atterrissage.
Partir loin pour ne plus connaître le trajet du retour.
En trouver un autre.

Ne rien dire, garder l’observatoire, peut-être reviendra-t-elle ?
Je ne le souhaite pas.
Sa magie donne froid.

Au revoir.
Il la regarde partir, la voleuse est déjà loin ;
elle lui a tout dérobé, de l’âme jusqu’aux pieds,
elle a tout pris : cœur, confiance.
Espoirs démolis. En tas de cendre.

Il comprend, ne jamais rien prendre pour soi,
mais la déception est aiguisée.

Il ne la reverra pas.
Elle le quitte.
Ils sont quittes.
Quitte de  tout.
Au revoir à la quête de sa vie.
Elle n’est plus visible à présent, son meilleur tour : la disparition.
Il sait que ses nuits seront hantées.
Il le sait et ne se trompe pas.

Trempé de larmes, il ferme un instant les yeux et traverse la rue.
Il n’y a pas de voiture.

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Comment sortir du pays des ombres ? Hormis la mort ?
Simple. En allumant la lumière.

Elle avait le visage sérieux de celles qui ont affronté les ténèbres à mains nues
mais parée d’un mascara et d’un rouge à lèvre indélébile.
Son sourire était une arme.
Je pense que c’est le diable lui-même qui lui apprit à sourire.
« Est-ce que c’est triste d’être seul ? Me demanda-t-il.
Est-ce que ça fait mal parce qu’on garde tout pour soi.
Sans conseil, sans réconfort, on est le seul à s’occuper de soi.
Alors est-ce que c’est triste d’être seul ? Me répéta-t-il

– Pourquoi me demander à moi ? Tu ne sais pas qui je suis.
Tu viens de me croiser dans la rue. C’est au hasard, c’est ça ?
– Il n’y a pas de hasard, juste des coïncidences non élucidées.
Je vous le demande à vous parce que vous avez l’air seul.
– Et comment reconnaît-on un homme seul ?
– Il tourbillonne des fantômes autour de lui, et vous, vous en avez beaucoup.
Je les vois, ils ressemblent aux voix dans votre tête. »

L’heure de la peur est arrivée sans être annoncée
mais rien ne se voit.
Les images projetées : et si j’échouais, et si je m’effondrais.
Et bien je regarderai le sol encore une fois.
Le contempler pour ne plus avoir à y retourner.
Et sème, arrose et germe.
On se met sur le dos lorsque l’on est au sol, on ouvre grand les yeux parce qu’au loin, tout là-haut,
il y a cette couleur bleue, sûr que c’est la couleur de la liberté.
Et puis j’ai peur d’écrire.
Peur de toujours devoir remplir le vide.
Je ne connais aucun autre moyen.
La littérature est le trop plein de l’Humanité et en débordant,
elle donne à l’Homme une idée de ce qu’il peut être,
de ce qu’il peut rêver de points de vue,
car toute liberté ne naît que dans le point de vue.
Lisez, écrivez, alors vous serez libres de vous-même.

On prend des habitudes pour se rassurer, pour se rythmer, pour qu’il y ait un ordre dans tout ce chaos, une prise avec le temps.
Comme on escalade un horizon.
Sinon quoi ? Le vide ? Le désastre?
Ainsi me voici encore ce nouveau matin,
à mettre levé tôt pour profiter d’un café face à l’océan.
Des repères sur l’horloge, sans agenda à remplir, sans liste à faire, mais des clopes, un café et un carnet.
Ainsi commence la journée.
Enfin deuxième clope, et le café est déjà froid
tandis que mon esprit essaie de sortir à pas de loup de la brume.
Manque d’affection certainement,
manque de personne avec qui parler, communiquer, échanger.
Je n’ai que moi et ce carnet.
Pas l’habitude c’est vrai, alors je la construis.
Qui se souciera de moi ?
Un jour, je devrais bien être mon meilleur ami.
Et alors les quatre cent coups, la rigolade et autre.
Et puis je m’en vais marcher sur la plage.

À la lumière d’un hublot, le ciel pour abat-jour,
teinte rose, le matin se réveille.
Il y déjà un moment qu’on vole après le jour.
À l’intérieur il fait noir.
Monsieur Faye dans les oreilles,
d’ici les nuages ressemblent à la banquise.
La voûte est inversée, il n’empêche, on peut tout de même jouer,
les nuages ont des formes.
Ça dort à l’intérieur, en songe ça rate de ces merveilles.
Ça vire sur l’orange, il y a un moment déjà,
Eluard, enfin vous savez : La Terre est une orange bleue.

J’imagine que la lumière de mon hublot doit en déranger certains mais je ne peux me résoudre au noir.
On dirait qu’il y a des continents en dessous et voyez-vous,
je n’ai pas conscience de l’heure.
Il y a des matins comme ça où le jour se fait attendre.
Peut-être le temps de dormir encore un peu, fatigué du voyage,
le jour prend le relai, nous sommes sauvés,
les drames n’arrivent que de nuit.

Qui sommes-nous, en dehors des lois, en dehors de normes,
des principes, des croyances ?

Qui sommes-nous ?

Le savons-nous seulement en dehors des apparats,
en dehors des jugements, de l’ego ?

Nous sommes-nous déjà posé ces questions ?
Quelles planètes nous influencent ?
Et notre éducation ? Notre contexte ?
Et l’histoire globale universelle ?
Quels effets sur nous la conquête des Amériques ?
La mort du Christ ?
Le débarquement de Normandie ?

Car voici la seule question à laquelle nous nous devons de répondre :
dans notre entièreté, qui sommes-nous ?